Ton vent souffle dans mes branches, arrachant au passage les dernières feuilles. Elles tentaient fièrement de rester amarrées, narguant leur destin, Newton et ce qui leur rappelait qu’au fond tout ne répond qu’aux lois de la nature et n’est qu’une question de temps.

Me voilà nue avec cette âme de bois torturée qui dessine ma silhouette détachée sur l’horizon. La tête dans les nuages et les pieds ancrés dans ce qui m’attache solidement, trop peut-être. Union verticale entre le haut et le bas. Entre entre le palpable et l’insaisissable. Le tangible et l’immatériel.

Je me sens unie à Toi, parfois. Et par moment totalement déracinée, pourtant moi, l’enracinée. L’immobile cristallisée.

Je te respire. Tes ressources me font vivre et pousser. Ton eau, ta terre. Un geste de Toi et elles qui me donnent tout pourraient tout me reprendre, déployant leurs forces incontrôlables pour m’engloutir, me briser.

Je me sens seule. Et je pleure.

J’oublie ma forêt, autour de moi. J’oublie que nous buvons la même eau, respirons le même air, sommes faits du même bois. Que nous nous tenons debout sur la même terre qui nous allaite tous, partageant notre terreau et les maux qu’il porte en lui. Héritant aussi parfois de ceux qui ne nous appartiennent pas.

J’oublie que cet humus est riche de ce qui est mort avant nous. De leurs histoires, de leurs combats, de leurs défaites. Qu’au-delà de ces savoirs que nous enterrons, la peur nous gagne tant leurs maux/mots semblent vouloir nous envahir, nous retenir, nous faisant nous sentir prisonniers. Certainement qu’ils désirent juste nous éclairer, à leur manière. Peut-être ne parlons-nous plus leur langage.

J’oublie le rythme des saisons. Qu’il sagit d’accepter de ralentir sa sève jusqu’à presque mourir, pour prendre une strie et fleurir à nouveau. D’un feuillage à chaque fois identique, et pourtant jamais tout à fait le même. Dans le détail d’une dentelle, la teinte d’un vert, le velouté d’un limbe qui tous, se sont transformés.

J’oublie que le feu me rend vivante et me consume à la fois.

J’oublie que je suis un Tout, qui n’appartient qu’à Toi sans que tu ne me possèdes jamais. Car là est la clé de l’amour et de la liberté. Et que dans cet amour universel, si je suis tienne, tu es mien. Dans ce que je porte de Toi, en moi.

 

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