Laisser la fenêtre ouverte

Ces derniers jours sur le blog, j’ai mis une série de morceaux musicaux. Des chansons où il est question d’amour. Pas les plus connues, les plus belles ou les plus vibrantes, mais celles qui me parlent en ce moment, de ce qui m’interpelle à ce propos. Cela m’a surpris un peu, mais je n’ai pas lutté. Je les envisageais comme un calendrier de l’avent à cette Saint-Valentin, où chaque petite case serait une fenêtre ouverte sur quelque chose qui me touche ou m’interroge.

Ceux qui me sont proches se demanderont pourquoi, car ces fêtes commerciales ne m’attirent pas vraiment et pour couronner le tout ils savent que je pense être une naufragée de l’amour ayant perdu toute foi en la réalité de ce mot. Je clame haut et fort que cela n’existe pas, enfin pas comme on nous l’a présenté, pas comme on nous a forcé à y croire. Goldman le dit si bien, « c’est l’amour que l’on aime aimer. »

J’en discutais pas plus tard qu’hier avec un ami, en lui expliquant que je ne trouvais même pas le terme qualifiant au mieux cette notion qui avait disparu de mes croyances. Il m’a proposé « dévoyée ». Je lui ai lancé une tirade spontanée qui scandait « usurpée, peut-être ; galvaudée, certainement ; dénaturée, évidemment ; chimérique, à n’en pas douter. »

Quand je relis ces mots, je me dois de reconnaitre que c’est mon côté très affirmé et un peu réac qui s’exprime et qu’au fond, une autre partie résonne. Et depuis peu.

À l’académie d’écriture, cela fait beaucoup rire, la manière dont je me défends de voir que mes histoires parlent d’amour. Et j’arrive à l’accepter, à le concéder. C’est pourquoi j’ai décidé d’assumer cette envie de marathon musical sur sept jours.

Anaël Verdier, mon coach créatif, m’a demandé récemment du fait de mon blocage sur le premier jet du roman, comment j’allais laisser la fenêtre ouverte sur mon écriture? Pour faire circuler ce qui doit entrer et sortir, pour ne pas entraver et tenter de maitriser, pour apprendre à faire confiance, à laisser le processus opérer…

Je crois qu’il ne se doutait pas à quel point il était pertinent. Avec ma coach personnelle, nous en sommes au même état des lieux concernant mon trajet personnel. Et je découvre avec bonheur que ce que j’attendais depuis longtemps est en train d’arriver. La vie, parfois mutine, ne semble pas nous emmener où l’on veut alors qu’en fait, nous y sommes déjà. J’ai eu du mal à l’observer, à l’accepter, car il a fallu dire au revoir à tout ce qui jusqu’à présent m’avait permis de tenir, d’avancer, mais qui ne se révélait plus être un système de fonctionnements pertinents pour moi. Et il a fallu se risquer à réapprendre à marcher sans filet, sans mode d’emploi.

Quand on laisse entrer ou sortir des choses de sa vie, on ne voit bien souvent que ce que l’on a à perdre. Mais il y a aussi l’autre côté de cette médaille. Tout ce que l’on a à gagner.

Et laisser la fenêtre ouverte est un merveilleux moyen pour mettre en mouvement les vases communicants. Tout ce qui est dedans va au-dehors et vice versa. Et l’on découvre comment cette fragilité intérieure que l’on cachait sous une force externe démesurée, au risque de se briser, peut devenir un solide ancrage interne qui nous autorise à être extérieurement fragile et au contact de nos besoins. On ressent combien, en faisant le vide de ce qui nous encombre au dedans (toutes ces choses qui nous faisaient nous sentir si isolés, car coupés des autres et de ce qui nous rattache à eux), on peut, en étant totalement seul, ne plus l’être à l’intérieur de soi.

C’est ma première Saint-Valentin sans partenaire depuis 24 ans, et je ne me suis jamais sentie si complète, si entourée. Là où certains voient d’énormes croix faites sur des choses, contre des gens ou des situations, je n’y perçois que des choix, sincères, authentiques et personnels, alignés avec celle que je suis vraiment.

Ce soir je me fais mon propre cadeau de Saint-Valentin et je décide de chaque jour œuvrer pour laisser ma fenêtre ouverte. Pour que les idées et les mots qui seront poussés au gré du vent vers moi puissent enfin sans censure et selon mon ressenti entrer dans ma tête, se glisser sur mes lèvres et se déposer sur les feuilles du bout de mes doigts.

Et si on peux le faire avec des mots, peut-être qu’un jour on pourra le faire avec les sentiments et les gens… Pour que l’on puisse réellement s’approcher les uns des autres, se blottir dans nos bras et pourquoi pas, soyons fous, réellement contre nos cœurs.

 

 

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